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Afrique et Crise économique mondiale.

 

[Editorial.28.10.2008]

Par Gilbert Rocheteau

J’aurais aussi bien voulu ne rien dire et rester tout simplement calme comme il sied tant à l’Afrique lorsqu’elle se trouve confrontée aux réalités contemporaines. Mais ma conscience flagelle… elle me démange comme  cette punaise qui pince ma peau et je ne saurais rester indifférent, du moins, en frappant sur le clavier de mon ordinateur, le fond de ma pensée sur ce qu’on appelle partout de nos jours, la Crise économique mondiale.

L’excuse pour l’Afrique en 1929 était la colonisation… les administrations africaines, l’économie, la politique, la société, l’école, tout cela était sous administration coloniale. Aussi lorsque la crise battait son plein, l’Afrique ne pouvait que se justifier par la présence du colon. Bien évidemment, les jeunes africains qui s’intéressaient déjà à la vie politique de l’Afrique étaient encore sur les bancs dans les métropoles coloniales. L’Afrique avait là une bonne excuse.

Qu’en 2008, 79 ans après la chute de la bourse de valeurs de Wall Street, et au moment où toutes les économies du monde s’effondrent du fait de la dégénérescence du capitalisme absolu que défendent bec et ongle les Etats Unis d’Amérique, l’Afrique s’excuse à nouveau… il y a là une crise dans l’âme du continent africain.

De Washington à Londres, Paris, Berlin, Madrid, Moscou, Beijing, Tokyo… je veux dire, des Amériques en Europe jusqu’en Asie, tous les intellectuels, hommes politiques, Chefs d’Etat se mobilisent pour trouver une solution face à la crise qui secoue les USA et entraîne sur son passage toutes les économies mondiales. Une preuve tangible et justifiée que la solidité de l’économie mondiale était bien imbriquée, soutenue et protégée par l’économie nord-américaine.

Et l’Afrique ?

Ni l’UA ni l’UEMOA, ni la CEMAC, ni même la SADC n'ont manifesté la plus petite inquiétude, ne se sont même pas interrogées sur les conséquences que peut  entraîner cette crise du capitalisme occidental sur les économies volatiles de nos pseudo états africains. Plus loin encore, nos soi-disant spécialistes de l’économie considèrent cette tempête économique comme cette catastrophe nucléaire de Tchernobyl dont les nuages toxiques étaient supposés s’être arrêtés aux frontières de la France… comme pour bien signifier, que cette crise économique est européenne et non africaine car qu’elle ne traversera jamais la méditerranée.

En tout cas, réunis à Yaoundé au Cameroun  en début de ce mois d’octobre, les ministres de Finance de la Zone Franc CFA sous l’encadrement du  Secrétaire d'Etat français au Commerce, Anne-Marie Idrac, ont conclu : « Bien que les pays de notre zone monétaire soient encore à l'abri, nous en appelons à une vigilance accrue des politiques économiques (…) » Enfin, ils se sont félicités des «mesures coordonnées prises par l'Union européenne pour assurer la stabilité financière et en particulier la garantie des dépôts des institutions financières européennes »… (Source apanews.net).

Traduisons mot à mot : « bon ben, comme l’Europe nous rassure, nous pouvons nous coucher et dormir car la France est là pour protéger nos intérêts ». Voila comment nos exécutifs financiers dirigent notre continent pour ne prendre l’exemple que de la Zone Franc CFA. Ces gros ventres dits Ministres des finances et parfois même, ministres d’état ne trouvent aucun zèle lorsque la France pour leur donner une petite leçon d’économie, leur envoie un secrétaire d’Etat les rassurer sur les finances et les économies de leurs pays. 

Et comme les élèves en Afrique sont les purs copistes du comportement des maîtres, au moment où l’UE derrière Sarkozy se presse d’attirer l’appétit des Etats-Unis pour une refonte du système économique mondial, preuve que rien ne va pas et qu’il faut impérativement changer l’ordre économique mondial, et au moins prévenir les conséquences calamiteuses qui pointent à l’horizon, les maîtres -je veux dire les chefs d’états africains- sont plus animés par le festin qu’offre la Francophonie au Canada. Peut-être y jouait-on la musique du Titanic ? N’est-ce pas génial ? Puisque lorsque les choses importantes se discutent entre les grands, on peut distraire les enfants… et Sarkozy a bien su jouer ce jeu à sa grande façon gauloise... et comme il sait bien le faire. Et le moment venu, les grands pourraient les convier à venir mettre leur signature sur le papier final pour qu’il ait une envergure internationale. Quelle Afrique ? Quelle honte pour l’Afrique ??? N’est-ce pas que la majorité de nos experts africains en économie sortent des grandes écoles européenne et américaine… souvent réputés pour être  sortis majeur de promotion devant ces mêmes Européens et Américains?

Que ne s’est-il pas levé un responsable pour seulement daigner relever que désormais le FMI et la Banque Mondiale ne seront plus les bienvenus pour annoncer l’Evangile économique et Financier occidental ! 

Je me souviens il y a quelques mois à Dakar, les Africains avaient déversés toute leur colère sur Sarkozy lorsqu’il nous demandait de réinventer l’Afrique… d’écrire quelques pages de notre histoire… On ne l’avait pas compris et aujourd’hui, à travers ses actes il nous fait retourner dans notre temple éternel…  A nous d’en prendre une fois de plus conscience… mais comment ? Comment pourrions sortir de ce temple éternel ?

Le sommet de la Francophonie dont les lampions viennent de s’éteindre au Québec a montré combien l’Afrique engrange de dépenses inutiles sur des choses futiles… Gaspillage, vagabondages diplomatique, tout cela sur la tête des contribuables africains. N’est-ce pas que les services de protocole canadiens n’ont pas su gérer les arrivées des chefs d’état africains alors que les autres délégations ne donnaient aucune peine pour une rencontre où seuls étaient attendus au maximum cinq représentants par pays… nos chefs d’états arrivaient avec une délégation pléthorique de plus de 60 membres par délégation, pour un sommet de défense de la langue coloniale. De véritables rois qui se déplacent avec toute leur cour ! Dirions-nous que l’Afrique est pauvre ? Elle ne l’est pas c’est notre âme qui est pauvre.

Et comme si ça ne suffisait pas, alors que le monde entier grouille face au rebondissement des marchés, la France témoigne de sa fidélité à l’Afrique en remettant en scène l’affaire Arche de Zoé. « France 24 » aurait su claironner plus de trois jours durant, la demande du gouvernement tchadien de paiement de l’indemnité judiciaire que les membres de l’Arche doivent pour indemniser les familles des victimes. Autrement-dit, le Tchad aurait besoin de 6 millions d’euros pour faire face à la crise économique qui secoue l’économie mondiale… n’est-ce pas ridicule ? Mais à nous africains de relire notre âme dans le charlatanisme africain pour réveiller ce temple éternel endormi.

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