Selon JeuneAfrique.com du 1er juin
2006, Dakar a suspendu jeudi "jusqu'à nouvel
ordre" le rapatriement de ses ressortissants
clandestins interpellés dans les îles Canaries,
après avoir fait état de son inquiétude sur le
traitement qui leur est réservé par la police
espagnole.
Les autorités de Madrid ont répondu qu'elles
allaient "tenter d'éclaircir ce qui s'est
passé", mais d'ores et déjà, la police a
rétorqué qu'elle avait "scrupuleusement respecté
les droits individuels" des clandestins.
Le ministre sénégalais de l'Agriculture Farba
Senghor a confirmé jeudi soir la décision
annoncée plus tôt dans la journée par un autre
responsable gouvernemental sénégalais qui avait
requis l'anonymat.
"J'ai dénoncé hier (mercredi) cette forme de
rapatriement (de 99 Sénégalais rapatriés des
îles espagnoles des Canaries). Nous devons
imposer aux pays européens qui expulsent les
Sénégalais de respecter les règles élémentaires
de rapatriement", a déclaré M. Senghor lors
d'une conférence de presse à Dakar.
"C'est la raison pour laquelle nous avons décidé
de suspendre provisoirement le rapatriement des
Sénégalais jusqu'à ce que des conditions
acceptables soient fixées" entre le Sénégal et
l'Espagne, a-t-il ajouté.
"La partie espagnole a été informée. Ce n'est
pas à eux de décider. C'est nous qui décidons ou
non de recevoir les avions", a-t-il ajouté.
Un peu plus tôt, Madrid avait annoncé avoir reçu
une demande officielle sénégalaise de suspension
des rapatriements.
Le Sénégal a remis au gouvernement espagnol "une
note verbale" dans laquelle il évoque des
"circonstances recommandant cette mesure et qui
requièrent une enquête", avait précisé un
porte-parole du ministère des Affaires
étrangères.
Les premières critiques sur les conditions de
rapatriement ont été formulées par deux
ministres sénégalais après leur rencontre,
mercredi soir, avec 99 clandestins refoulés dans
la journée depuis les Canaries.
Selon M. Senghor, les passagers avaient "été
menottés" et que les autorités espagnoles
avaient fait croire aux clandestins qu'ils
s'envolaient en direction de Malaga, une ville
du sud de l'Espagne.
"Si elles sont avérées, les conditions infligées
aux Sénégalais sont inacceptables", avait-il
affirmé, ajoutant que les autorités de Dakar
allaient en "discuter avec les autorités
espagnoles".
Si les Espagnols "ne respectent pas la dignité
des rapatriés, nous remettrons en cause le
rapatriement de nos ressortissants", avait de
son côté averti le ministre de l'Intérieur
Ousmane Ngom.
"Le rapatriement des citoyens sénégalais a été
réalisé en remplissant toutes les conditions
légales requises et les normes de sécurité
habituelles (...) dans le respect scrupuleux des
droits individuels", a rétorqué la direction
générale de la police espagnole.
Une source policière aux Canaries, s'exprimant
sous couvert d'anonymat, avait récemment
confirmé à l'AFP qu'il arrivait que les
policiers fassent usage de force physique pour
arriver à faire descendre d'avion les émigrants
rapatriés qui s'y refusaient.
Le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires
étrangères, Bernardino Léon, qui se trouve
actuellement en Guinée équatoriale, devrait se
rendre au Sénégal "dans la soirée ou vendredi
matin", a indiqué le porte-parole.
M. Léon effectue une tournée en Afrique dans le
cadre d'une offensive diplomatique de Madrid
pour tenter de réduire le flux d'émigration
clandestine massive vers les Canaries.
A la suite d'un renforcement fin 2005 des
contrôles au Maroc et sur la côte sud de
l'Espagne, les émigrants se sont rabattus en
masse dès que les conditions météorologiques
l'ont permis, en mars, sur les sept îles de
l'archipel atlantique des Canaries.
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